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La dorure à l'eau.

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On l'appelle aussi dorure à la détrempe.

La dorure à l'eau est le fruit d'une longue évolution dans les techniques. L'apogée des maîtres doreurs se situe sous Louis XIV avec le château de Versailles.
Voici quelques exemples avec la chambre du roi, et une porte :

 
 

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Dans la dorure à l'eau il y a d'abord une étape de décapage de l'objet :

 

Le décapage peut être plus ou moins difficile suivant que vous travaillez sur une ancienne dorure ou non. Comme dans la plupart des travaux d'art, la préparation des surfaces à traiter reste la partie la plus délicate, mais aussi la plus longue.
Le décapage doit être fait en fonction du support, et des couches des anciens revêtements. Parfois vous serez amené à enlever toutes traces de préparation antérieure, pour retrouver le support original (ici le bois). C'est ce que j'ai fait sur ce petit miroir qui était auparavant peint avec une peinture dorée à l'eau, recouverte d'un vernis brillant.
Le décapage lorsqu'il n'est pas total, consiste avant tout à faire tomber tout ce qui doit l'être : tous les petits morceaux craquelés. Il s'agit aussi de dégraisser le support, car dans beaucoup de cas, avec le temps les supports se revêtent d'une couche de graisse, de crasse. N'oubliez pas que la main de l'homme est naturellement grasse...

Ensuite on ajoute une solution à base de Blanc de Meudon. Il s'agit d'un plâtre très fin qui a pour mission de combler les petits trous du bois. Le nombre de couche de blanc de Meudon varie en fonction de l'état précédent. Il peut vous falloir jusqu'à 12 couches de blanc avant d'avoir une finition impeccable. La photo ci-dessous a été faite après la 1ère couche.
Certains doreurs appliquent préalablement une couche de colle de base diluée avec un très peu de Blanc de Meudon. Cette étape permet d'assurer que les autres couches d'apprêts vont bien tenir sur le bois.

La solution de Blanc de Meudon est un mélange de colle de base, et de plâtre. J'indique la recette ci-dessous.

Entre chaque couche il faut bien évidemment laisser sécher, poncer, rechercher des petits trous qui n'auraient pas été comblés, et on recommence.
Cette étape nécessite beaucoup de temps, car le ponçage peut s'accompagner de reparure. La reparure, c'est le fait de re-préciser les contours d'un élément sculpté. En effet lorsque l'on passe une couche de solution de blanc de Meudon, c'est un peu comme lorsque l'on passe un enduit sur un mur : on laisse une couche de matière, certes de faible épaisseur, mais qui petit à petit va estomper les fines ciselures des motifs. La reparure consiste donc à supprimer l'empattement excessif.
Notons bien que dans le cas d'une restauration, ce travail peut être très important. Il arrive même que le doreur doive reconstituer des morceaux entiers de frise par moulage.

Revenons à notre petit miroir :
Dans un second temps, on ajoute l'assiette. C'est une préparation à base de colle de peau de lapin et d'argile colorée. On l'appelle parfois Bol d'Arménie. Ca donne ça après la 1ère couche :

 

Ensuite on passe le chien, c'est un pinceau à poil très dur, qui sert à ôter tous les petits grain qui pourraient se trouver collés sur la surface. Comme vous l'imaginez, on peut être amené à faire plusieurs couches d'assiette. Au minimum compter deux couches. Au maximum, je n'ai jamais vu plus de 7 couches.

Enfin on applique la feuille d'or sur une surface impeccable. Impeccable signifie, bien sur, que la surface ne comporte plus aucun défaut, mais aussi qu'aucune graisse ne se trouve sur le support. Il ne faut donc plus toucher le bois avec la main.

L'application de la feuille d'or se fait en mouillant la surface avec une solution "application feuille". Le mélange doit être chaud de préférence (30 °C) bien que j'ai vu des doreurs le faire à froid. Ensuite la dépose de l'or se fait comme l'indique la photo ci-dessous. La feuille d'or se trouve immédiatement plaquée sur le support par capillarité.
Sur la photo, en bas à gauche vous pouvez apercevoir mon chauffe-biberon.

C'est un travail extrêmement minutieux, car la couche d'or ne fait que 5 microns d'épaisseur. Les feuilles sont d'une incroyable fragilité.

Lorsque l'on a laissé de petits trous, ou lorsque l'or n'a pas collé à certain endroit, il faut y revenir. Cette étape s'appelle le ramandage.
Ci-dessous un exemple de ramandage :

Enfin, on essuie avec un chiffon les restes d'or. Puis on peut appliquer l'agate qui a pour but de faire briller certaines parties. Cela permet de faire des contrastes mates-brillants.

Dans la pratique, on ne s'improvise pas doreur du jour au lendemain. Il faut prendre des cours ou apprendre soi-même dans un livre. Rien que le maniement des feuilles d'or est un exploit. Elles sont extrêmement fines et ne supportent aucun souffle de vent.

Ensuite les taches d'eau constituent un défaut rédhibitoire à vos dorures. Cela fait un peu comme une tache d'eau sur un miroir : cela donne une auréole de calcaire. Comme chaque doreur à sa petite recette bien secrète, il vous faudra de nombreux essais avant de parvenir à réaliser quelque chose de potable.

Comme souvent dans les métiers artistiques, c'est la qualité des préparations qui fait toutes la différence : 80% du temps de travail est accaparé par la préparation des surfaces, seul 20% du temps est consacré à la pose de l'or.

Ensuite pour réaliser les mélanges des différentes solutions de colle de peau de lapin,  de blanc de Meudon, et "d'eau à dorer" vous rencontrerez une réelle difficulté, car les proportions sont tenues jalousement secrètes par les doreurs. Personnellement voici mes proportions :

    - Colle de base : 10g de Colle Peau Lapin + 100g eau
    - Solution apprêt : 230g Blanc Meudon +  10g de Colle Peau Lapin + 100g eau
    - Solution assiette : 50g Assiette humide + 10g de Colle Peau Lapin + 100g eau
    - Solution application feuille : 10g de Colle Peau Lapin + 800g eau + 400g d'alcool 90°

La colle de base se conserve très bien au congélateur, et ne peut se manier que chaude. A température ambiante, c'est une sorte de gélatine.
Toutes les autres solutions ne peuvent pas se conserver plus de quelques heures, elles ne peuvent être utilisée que chaudes (30°C).

Certains doreurs utilisent de l'alcool à 95° au lieu de l'alcool à 90°. Personnellement, je ne vois pas de différence. Il faut savoir que l'alcool ne sert qu'à l'accélération du séchage, car l'alcool s'évapore plus vite que l'eau.

Voici le résultat final :

Voici quelques exemples de dorures très connues, ici.

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